Pop Psychopatho

Durant mes études, j’ai été amenée comme tous les futurs psychologues à apprendre des listes de symptômes en psychopathologie. En cours, nous avions parfois des cas cliniques pour les illustrer, mais souvent il s’agissait d’exemples issus de la fiction. Ce qui était en soi une excellente manière de comprendre les ressorts des symptômes, de les mettre en lien avec des contextes, des personnalités, bref, d’apprendre. Seulement, les exemples étaient bien souvent tirés de la culture assez élitiste de nos professeurs (Lol V. Stein de Marguerite Duras pour parler des états limites par exemple).

Je suis convaincue qu’il y a des exemples bien plus accessibles dans la pop culture, partagée plus massivement, vaste, et potentiellement moins normative. Depuis quelques années, fleurissent des analyses issues de Star Wars ou encore Harry Potter. Bien souvent, cela sonne faux, voire condescendant. A vouloir illustrer la psychopathologie, on caricature les personnages, on les analyse en des termes qui n’ont rien à voir avec eux mêmes. J’ai souvent ressenti à la lecture de ce genre d’article une forme de mépris pour la culture enfantine. Un exemple flagrant: les analyses des troubles narcissiques d’Anakin Skywalker pour en faire une sorte d’exemple ultime de ce qu’est l’adolescence, à la sauce hétéronormée si possible. C’est amusant de tout analyser, et surtout c’est extrêmement facile. On pourrait rapidement dire que le petit Calvin de la BD Calvin & Hobbes est schizophrène. Quel intérêt? Calvin est surtout… un enfant.

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Les livres pour enfant, les séries, les films, les jeux vidéo, les paroles de chansons, et tant d’autres média, racontent ces éléments de la psychopathologie que tout jeune praticien a dans sa boîte à outils. Quel meilleur exemple pour parler de la mort d’un parent que l’épisode « The body » de la série Buffy the vampire slayer? Le deuil n’a jamais été aussi bien présenté que dans la série Six Feet Under, dont c’est le propos entièrement. L’étrangeté des rêves dans Twin Peaks. Les effets transgénérationnels dans la famille Skywalker. La complexité des relations d’objet dans le film Her. Le vécu dépressif et lutter contre dans le jeu vidéo Flower…

Mais, au delà de la dimension d’apprentissage que permettent la force et la pertinence de ces références, ce sont avant tout des outils qu’utilisent les patients en séance de psychothérapie pour parler d’eux même. Ce sont des médiations.

Par exemple, Harry Potter a souvent été une porte d’entrée de choix de certains patients pour me parler des difficultés et des traumas rencontrés dans leur enfance. « Si seulement j’avais reçu une lettre de Poudlard un jour pour partir de là! Si j’avais pu passer mes vacances chez les Weasley… » Evoquer une ambiance de film pour commencer à raconter un rêve: « Je vous préviens c’est du Lynch! » Ou encore une manière de commencer la séance dans le vif sans parler directement de soi: « C’est terrible ce qui est arrivé à Sansa Stark, je ne m’en remets pas… »

Je vais donc petit à petit proposer des références issues de la culture populaire pour parler psycho dans cette section. La liste sera complétée peu à peu. Si vous avez des suggestions, de symptôme/d’évènement de la vie/de type de personnalité que je pourrais travailler ici, n’hésitez pas!

Le Trauma avec Claude Ponti

Les relations d’objets dans Her de Spike Jonze